#1. Le vide

Le vide est apparu. Il s’est installé en moi, me vidant totalement de sens. Un ressenti auquel je n’avais jamais été confronté jusqu’à mes 25 ans. Je comprenais ce vide comme un espace non occupé en moi, j’arrivais bel et bien à lire cette sensation. Elle était plutôt claire mais je n’en comprenais pas encore sa dimension. J’étais dépourvue de sens, rien d’autre.

J’avais signé un contrat avec moi-même qui remplissait mon coeur et donc mon être, du moins j’y croyais jusqu’à ce que ce vide survienne. Un contrat qui stipulait que j’avais pour mission de trouver ce qui me plaisait dans la vie pour ensuite faire de belles études, me former à un métier afin d’accéder à ce vrai contrat : le fameux CDI. Passé l’insouciance de l’enfance, on passe tous ou presque par ce chemin. En tout cas, nous vivons dans une société dans laquelle nous nous devons de le faire. On nous enseigne indirectement cette mission. Enfant, j’avais décidé de signer ce contrat parce que c’est ce qu’on attendait de moi. Je ne l’ai pas signé avec un couteau sous la gorge, je l’ai signé par devoir. Je l’ai accepté comme étant ce premier objectif de vie, celui qui me permettrait d’accéder au monde supérieur : devenir adulte et entreprendre de beaux projets.

Objectif atteint, j’avais terminé mes études dans un domaine qui me plaisait et j’avais trouvé ce CDI. Je m’attendais alors à être épanouie mais ce vide m’indiquait le contraire. Mais pourquoi? Ma suite logique a été de continuer sur cette lancée et à chercher comment le combler. La seule chose qui, à ce moment s’est posé, a été de me dire « Ça y est, tu as obtenu ce qu’il fallait que tu obtiennes, désormais construis ta vie avec. » : tout ça m’amenait à penser d’abord matériel. J’ai acheté une voiture, puis je me suis penchée sur l’achat d’un bien immobilier. Il m’a fallu être prête à signer chez le notaire pour finalement faire demi-tour. Il s’agissait peut-être de la peur qui me parlait mais au fond je comprenais que je ne faisais pas tout ça parce que j’en avais envie mais que c’était simplement une suite logique qui m’avait été enseigné. Je souhaitais tout, tout de suite. Mon égo avait pris le lead : il m’ordonnait à tout prix de trouver des échappatoires. Il se fichait de savoir si c’était pour du court ou du long terme. Il souhaitait que je le nourrisse, que je lui fasse du bien. Mais j’ai compris que ces biens n’allaient pas combler ce vide en moi, l’épanouissement espéré ne serait pas arrivé comme par magie si je n’écoutais pas au fond mon moi intérieur et mon intuition. J’ai arrêté de chercher le bonheur matériel.

J’ai arrêté mais ce vide lui continuait à m’alimenter. Je me suis mise en marche automatique, laissant mes journées et ma routine me guider. J’espérais qu’un jour LA bonne occasion viendrait pour que je puisse toucher du bout des doigts mon bonheur, celui qui aurait un sens profond. J’ai joué le temps, puisque je n’avais aucune idée de comment intervenir pour me débloquer. Et le temps lui, a rétorqué. Il a fini par me faire me poser des questions sur les différents aspects de ma vie. J’ai alors remis en cause ma relation amoureuse mais également ma situation professionnelle. Et même si d’un côté comme de l’autre tout se passait bien, il fallait que je trouve des réponses et il fallait que je les cherche partout sans exception. Étais-je à ma place dans ces deux domaines ?

J’ai alors entrepris sans m’en rendre compte ce premier voyage dans l’ombre, me battant contre mes propres pensées, cherchant toutes vérités bonnes à prendre. Mes journées contrebalancaient entre l’état de « faire semblant » pour aller bien et « pleurer » sans pouvoir expliquer mes larmes : un combat quotidien. Le contexte de l’époque avec le virus était devenu notre réalité à tous et a fait en sorte que je me retrouve seule face à moi-même, travaillant de chez moi. Le confinement a fini par me supprimer l’état de « faire semblant » : je n’avais plus besoin de sourire alors que je n’en avais pas l’envie, je n’avais plus besoin de me forcer pour sortir voir mes proches, je n’avais simplement plus besoin de vivre pour les autres. Il était temps que je vive pour moi, ne pensant alors qu’à moi. Le temps s’était arrêté et si pour beaucoup la période a été difficile, pour moi elle a été bénéfique.

Il ne me restait plus qu’à laisser les larmes couler : un temps difficile mais qui m’a permis de me concentrer sur ma douleur intérieure et à trouver des débuts de réponses…

One Comment

  1. Sara

    Quelle plume ! J’ai beaucoup aimé lire ce premier article qui semble une merveilleuse mise en bouche pleine de vérité et d’émotion !
    Effectivement, ressentir ce vide, l’accepter et en tirer les leçons est, semble-t-il, la première étape pour accéder au bonheur 😉

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