#4. Démissionner, et après?

Démissionner a été la décision la plus importante pour moi et avec le recul une décision que je ne regrette en aucun cas. Pourtant elle n’a pas été la plus facile à prendre à ce moment là.

Il s’agissait de confronter mon propre besoin et les a priori de mon entourage, mais également de l’attente (imaginaire?) que le monde avait de moi. Parce qu’aujourd’hui, avoir la chance de signer un CDI à la sortie de ses études, dans un domaine qui me plait et surtout avec des prétentions salariales plus que correctes est vu comme étant une grande réussite. Pourquoi j’aurai eu envie de quitter cette si grande opportunité, celle qui m’offrait une stabilité financière ? Comment je pouvais me plaindre dans ce contexte là ? Comment même je pouvais ne pas être heureuse finalement ? Et, contexte oblige, comment je pouvais quitter une stabilité financière quand la crise extérieure liée au Covid ne m’aurait pas aidé ensuite à retrouver un poste ?
Personne ne m’a réellement jugé ouvertement du choix que je faisais et pourtant je sentais bel et bien les incompréhensions, les questionnements de mon entourage, leurs inquiétudes et peut-être même parfois au loin leurs jugements. Est ce que je l’imaginais ? Peut-être aussi. Je me jugeais moi-même, après tout. Le regard des autres a toujours été un aspect omniprésent dans ma vie, un combat presque quotidien mais ça, ça n’était pas mon plus gros problème sur le moment.

J’ai pris cette décision parce que je sentais que mon travail me rendait plus malheureuse qu’heureuse et pourtant rien ne se passait mal aux yeux de tous. J’étais au bon endroit, c’était la suite logique, pleine de sens, j’avais réussie. Moi à l’intérieur, je bouillonnais. Je m’étais adaptée à un monde qui n’était pas le mien, j’avais appris à faire semblant et ce, même jusqu’à me convaincre que c’était ce que je voulais (parce qu’il le fallait). Pourquoi j’aurai été différente des autres à ne pas me satisfaire d’un tel poste ? Pourquoi est ce que moi Audrey, j’avais besoin de plus ? Malgré tout ce que j’avais réussi à obtenir, pourquoi ? Je m’étais convaincue que c’était certainement mon côté perfectionniste qui parlait. Celui qui, de nombreuses fois, me murmure « tu as ça, mais tu n’es toujours pas contente, va chercher plus ». Je me disais que j’étais trop difficile et que je devais me contenter de ce que je possédais car c’était une sacrée chance avant tout !
Mais j’ai aussi vite compris que non, ça n’était pas juste ça : s’en contenter. J’avais fait le choix de ne pas m’écouter, j’avais fait le choix d’enfouir ce mal-être. Et il m’avait rattrapé, comme toujours. Cela devenait de plus en plus difficile de garder ce cap, les journées étaient de plus en plus longues. Je me voyais devoir fournir de plus en plus d’efforts pour éviter de subir. Et rien de tout ça n’était normal, je ne pouvais en tout cas plus trouver ça normal et m’en contenter. J’aurai causé ma propre perte, j’aurai enclenché mon propre naufrage. Et j’ai fini par attraper une bouée de secours, moi-même ? Je me suis tendue la main.

La décision était prise. L’annonce était faites. Mon entourage, ma famille, mes amis et mes collègues étaient au courant. Et puis la question du « et après? » est vite arrivée. Après avoir fait face aux « pourquoi? », j’avais réussi à passer à travers un premier « obstacle », pour finalement me retrouver face à un deuxième. Comparé au premier obstacle, pour lequel j’ai eu également des doutes, le deuxième ne m’effrayait pas intérieurement. Oui, comme les autres j’ai douté du « pourquoi » je démissionnais. Mais pour le « après », je ne ressentais aucune inquiétude, ce qui n’était pas le cas des autres. J’étais sereine à l’idée d’avoir quitter ce qui ne me rendait pas heureuse et encore plus sereine à l’idée de ne pas savoir ce qui allait se passer professionnellement après. « Et tu veux faire quoi après alors ? As-tu retrouver un poste ? Passes-tu des entretiens ? »… Je ne savais pas quoi faire, je ne voulais pas non plus retrouver un poste et ça m’allait très bien.
Je pense qu’il m’était devenu vital de ne plus penser à l’aspect professionnel de ma vie, quand j’avais passé mon temps à ne faire que ça jusqu’à maintenant. Oui, j’avais grandis en pensant à mon évolution professionnelle, à trouver ce que j’aimais faire pour exercer un métier et c’était le seul but. Mais je ne pensais pas à trouver ce que j’aimais faire pour apprendre à me connaître. Cela peut être une simple nuance aux yeux de certaines personnes, pour moi elle n’était pas sans conséquences. Je m’étais construite avec un but érroné. Je devais avant tout arrêter de penser ma vie et la personne que j’étais pour remplir des cases, pour faire comme les autres. Il s’agissait désormais de penser à moi. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que cela m’importait peu de trouver un poste juste derrière celui que je venais de quitter. J’aurai entrepris la même erreur : ne pas prendre le temps d’écouter mes envies profondes. Je me serai noyée.

Pourquoi devrait-on suivre ces codes instaurés ? Pourquoi est ce que c’était si logique de re-signer un CDI juste après ? Pourquoi je devrai savoir quoi faire, tout de suite, maintenant ?
J’avais envie d’être indépendante, de m’écarter de la pensée des autres, de m’éloigner d’une routine, de celle que tout le monde suit sans se poser de questions. Je n’avais plus envie de faire partie de cet élan. J’avais envie de m’écouter, de faire ce qu’il me plaisait, de trouver un sens à tout ça, et surtout de prendre mon temps, tout le temps dont j’aurai eu besoin pour découvrir mes différences, ma singularité.

One Comment

  1. Sara

    Je suis si impressionnée par ton courage, ta force intérieure et ta sérénité. Quel merveilleux exemple…
    En te lisant on se rend compte que quitter ton travail a été libérateur. Et cette confiance en l’avenir qui t’a habité à ce moment là couplé à une prise de conscience sur le but/désir lié à ton existence est incroyable !

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