#5. Partir vivre à l’étranger

Après avoir pris cette très grosse décision de démissionner, j’ai continué à avancer. Je m’étais retrouvée seule avec moi-même pendant le confinement. Une période pendant laquelle j’ai connu cette sensation de ne s’occuper que de soi-même, de n’écouter que soi sans prendre en compte le reste. Le lieu dans lequel je me trouvais ne faisait plus sens avec le chemin que j’empruntais. J’ai donc décidé de partir vivre à l’étranger pour une période indéterminée : un saut dans l’inconnu, sans me poser aucune autre question : m’éloigner et prendre une grande bouffée d’air. Continuer de débroussailler mon chemin…

Cette grande bouffée d’air, je me la suis prise pleine face. Je ne m’attendais à rien en partant si ce n’est me reconstruire, me faire du bien dans un espace qui n’est pas mien. Prendre encore plus de temps pour mes propres besoins, prendre le temps de me débarrasser de mes mauvaises habitudes pour en trouver d’autres plus alignées avec la personne que je devenais. Je ne vais pas vous cacher que ça n’a pas été aussi facile que je l’imaginais. J’ai traversé de nombreuses tempêtes les premiers mois. J’étais loin de mon cocon, loin de ma routine et finalement, plutôt loin de ma zone de confort et de tout ce que je connaissais. J’ai pris cette décision en me donnant l’objectif de me retrouver mais cela voulait aussi dire qu’il fallait que je rencontre mes zones d’ombre et que j’y fasse face.
Je comprenais que ça n’allait pas être un voyage agréable. C’était même le début d’un calvaire. Un chemin auquel je n’étais pas préparée, que je n’aurai pas pu anticiper de toute manière. Je connaissais plus ou moins la fin du voyage mais je n’avais pas idée du brouillard qui allait m’aveugler pendant celui-ci.

Un brouillard tantôt épais et intense tantôt plus léger et brumeux. Je traversais ces nappes de brouillard dès qu’elles arrivaient, dès qu’elles me faisaient face mais aussi parce que je n’avais objectivement pas le choix. Rester derrière sans jamais les traverser m’était impossible. Cela voulait dire que je choisissais délibérément de stagner dans un couloir sombre, triste, sans vie et sans fin. J’aurai choisi d’avoir la vue obstruée toute ma vie et de m’en contenter jusqu’à ce que par miracle, une étincelle venue de nul part vienne me secourir. Mais cette chose ça ne pouvait être que moi, j’étais ma propre étincelle. La seule à pouvoir rallumer ma flamme.

J’étais proche d’une dépression. Je n’avais jamais vécu ça auparavant et je n’ai jamais pu l’appeler « dépression » entièrement. Je continue de me dire que j’étais proche d’un état dépressif, à le frôler sans l’incarner totalement. Pourquoi ? Parce que j’ai toujours gardé cette force en moi, je la sentais me maintenir à la surface. J’étais bel et bien triste tous les jours. J’étais perdue et coincée dans mon propre cauchemar. Je pleurais constamment et sans savoir pourquoi. J’avais l’impression de m’enfoncer chaque jour dans un trou bien profond et qu’il me serait de plus en plus difficile d’apercevoir à nouveau la lumière du jour. Je ne faisais plus rien, je ne ressentais plus aucune once de joie. Et malgré tout, je ressentais au fond de moi cette envie de me battre. Je profitais de chaque pause, de chaque moment de répit pour reprendre ma respiration et me recharger moi-même de ma propre énergie.
Un état dépressif que je savourais presque. Difficile de me dire que j’appréciais ces émotions parce que ce n’était pas le cas alors que je les subissais mais je me disais qu’il fallait que je les affronte, que je les vive pleinement pour en ressortir plus grande, plus évoluée. Elles n’étaient pas présentes pour rien, elles avaient un message à me transmettre. Pour moi, c’était presque une chance qu’il m’était donné de les ressentir. Je n’ai jamais vu la souffrance comme mauvaise, je l’ai toujours acceptée comme faisant partie de la vie. Pour être heureux, il faut souffrir. C’est ce que je me suis toujours dit : rien n’est facile, rien n’est que bonheur. Rien n’est totalement blanc ou noir. Il m’a été offert de ressentir de nombreuses émotions et il me fallait les écouter, les exprimer, les vivre toutes pour réussir à me comprendre et avancer considérablement. Me mettre des oeillères n’était pas une option, il me fallait justement bien ouvrir les yeux pour ressentir profondément ce que mes émotions souhaitaient m’apprendre. J’ai fait le choix de les transcender.

Quelques mois après, je comprenais tout ça. Je comprenais pourquoi je ressentais la plupart de ces émotions, je comprenais ce qu’elles souhaitaient m’apprendre sur moi. Je ne comprenais pas comment j’avais gardé cette force interne pour traverser cette période. Peu m’importait la manière dont je m’étais fait face, j’étais plutôt fière de moi et du chemin parcouru. Je comprenais que j’avais pris la meilleure décision de ma vie jusqu’à présent. Je suis donc partie vivre à l’étranger sans découvrir la nouveauté autour de moi. L’étrangère c’était moi et je me suis découverte moi-même, à l’intérieur. C’était inévitable et je me remercie d’avoir eu le courage de faire ce choix, je me remercie de m’être amenée jusqu’ici.

2 Comments

  1. Sara

    Je suis convaincue que notre pensée est créatrice et que nous devons vie à nos croyances. Alors quand tu écris « pour être heureux il faut souffrir » (une croyance que porte 90% d’entre nous), tu crées cette réalité. Tu as donc logiquement dû passer par des étapes difficiles… mais t’es tu déjà demandé comment tout ceci ce serait passé si tu étais convaincu que tout est simple pour être heureux ? 😉

    1. Audrey

      Merci Sara pour ton commentaire! Jusqu’à aujourd’hui, c’est grâce à des périodes difficiles que j’ai pu me remettre en question et évoluer. Naturellement et de par mon expérience, j’en viens à penser qu’il me faut « souffrir » pour daigner m’écouter. Mais ta question me porte à réfléchir et je me dis : et si je devançais cette souffrance ? et si j’arrivais à me rendre compte des points bloquants avant d’arriver à mes limites émotionnelles ? De convertir les points bloquants en positif avant de souffrir ?
      Je pense que tout fait partie d’un grand cheminement personnel et qui sait, peut-être qu’un jour, la pensée « heureux = il faut souffrir » ne sera plus parmi mes croyances… 🙂

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