#6. Vivre pour les autres

C’est grâce à plusieurs mois loin de mes proches et de ma zone de confort que j’ai pu mettre à jour ce qui avait explosé en moi. Je comprenais que je n’avais pas passé assez de temps à m’écouter moi-même, écouter mes profondes envies et répondre à mes besoins. C’est en me retrouvant seule que j’ai pu accéder à mes propres aspirations. Je m’étais laissé porter par la vie et l’image que j’en avais, celle que je m’étais construite plus jeune.

La plus flagrante était liée à l’aspect professionnel. Je me suis laissée porter par le fait de devoir faire des études et décrocher un CDI ensuite. Je répondais alors à une obligation sociale, une pression même mais aussi à la fierté de mes parents. Je me devais de le faire, c’était ce que tout le monde devait faire à mes yeux. C’était normal. Ma raison première était donc d’agir pour répondre à leurs besoins et non aux miens. J’étais heureuse de pouvoir le faire et pas une seule fois je me suis dit que l’important c’était aussi de m’écouter, je n’en connaissais même pas la notion. J’étais guidée, un robot. J’étais heureuse d’avoir réalisé des études dans un domaine qui me plaisait et heureuse de m’être donné les moyens de décrocher un CDI à la fin. J’étais heureuse qu’en surface et je ne m’en rendais pas compte. J’ai appris à être heureuse ainsi, dans le regard des autres et de manière superficielle.

Il m’a fallu me rendre compte de ce mécanisme que j’avais pour le transposer dans d’autres aspects de ma vie. C’était devenu évident que j’avais en moi cette croyance que pour être heureuse, je devais agir pour plaire aux autres. Le regard des gens était devenu essentiel. Le fait d’être jugée m’effrayait énormement. Plus jeune, je n’étais que dans l’observation de mon environnement. Réservée, je prenais que très peu la parole. J’osais me montrer moi-même qu’à un petit groupe de personnes en qui j’avais confiance, avec qui je pouvais montrer des parties de mon vrai moi sans qu’ils ne me jugent.
J’ai pu développer mon sens de l’analyse, j’aimais observer le comportement des gens. Je ne parlais pas mais j’observais. Et inconsciemment, cela me nourrissait. J’avais développé cette capacité pour pouvoir m’adapter. J’apprenais des autres pour devenir comme eux, j’apprenais ce que je devais être, ce que je pensais devoir être. En y repensant, je me suis toujours sentie différente à l’intérieur et à travers les yeux d’une petite fille, ce n’était pas normal. Je ne voulais pas être en contradiction, je me tenais loin de tous conflits. La différence était quelque chose qui me faisait peur. Je m’obligeais à combler cet écart. Je voulais être aussi bien que les autres, aussi sociable, aussi belle, aussi intelligente et surtout aimée ! Je comblais la différence pour qu’on ne me voit pas, pour qu’on ne voit pas ce qu’on pourrait me repprocher. Je m’étais sur-adaptée pour ne pas être rejetée. Je me suis donc construite en m’appropriant ce que j’aimais chez les autres, quitte à utiliser différents visages.

Avec ce mécanismes de pensées, j’ai toujours agis pour que les autres m’aiment, me valident. L’amour des autres était devenu mon objectif de vie. Puis un jour, c’est moi-même qui n’ait plus validé la personne que j’étais devenue. Le vide ressentie était dû au fait que je ne m’étais jamais écoutée, que je n’avais jamais pris de décision profonde pour mon propre bien-être. Je vivais selon l’illusion que pour être heureuse, il fallait qu’on m’aime. Je m’étais invitée moi-même à me considérer davantage et à m’aimer pour ce que j’étais au plus profond et non plus à travers l’amour des autres.
Évidemment, accepter cette part de moi n’a pas été simple. J’ai du faire face à de nombreuses questions et aux émotions négatives qui allaient avec. Je me demandais pourquoi moi, Audrey j’avais intégré ce système de pensées en moi ? Pourquoi j’avais ce besoin profond d’être aimée ? J’avais été une autre personne toute ma vie. J’étais triste et totalement désemparée. Comment j’allais me reconstruire ? Je n’avais jamais appris qui j’étais au fond puisque je ne m’étais jamais écoutée, ou presque. Je ne savais pas comment me découvrir, je ne savais plus qui j’étais. J’ai forcément remis beaucoup de choses en questions : les études que j’avais faites, les choses que j’aimais, les personnes que j’aimais. Est ce que tout était faussé à ce point ?

J’avais mis le doigt sur quelque chose d’important qui, je le savais, allait me changer considérablement. Je savais que je devais aller plus loin, que je devais comprendre le fond de la chose. Fouiller en moi était devenu ma motivation quotidienne pour aller vers le mieux vivre. Et c’est ce que j’ai fait.

2 Comments

    1. Audrey

      Merci pour ton passage par ici, contente que tu aies apprécié la lecture. Et effectivement, on se rend compte de l’importance de nos besoins lorsqu’on ne les écoute pas assez ! À très vite Adama 🙂

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